“The Biologist”
Portrait by Ingrid Luquet-Gad
HORS-CADRE | 2018

En

Just as a biologist in his lab, Mathieu Merlet Briand collects his raw material on the internet before he starts cultivating it. Rather than just being put back into circulation, the pictures, words and sounds of the digital ecosystem undergo a truly transforming operation. After the protocols and algorithms invented by Mathieu Merlet Briand sifted through the indistinct swarming of these raw data, something resembling a new perceptual texture arises. Indeed the approach he has retained from his studies at the Arts Décoratifs is more of a reflexion on matter than on image. Born in 1990, he de facto belongs to the generation of digital natives for whom the digital environment never meant a network of cables or screen-interfaces. In the absence of visible hardware that is exactly what the digital world is: an immersion in an ecosystem which surrounds us and conditions us but that we do not notice, just as the air we breathe. But this detail regarding generations also reveals a threshold issue. If he takes after his predecessors from the postinternet and the postdigital movements, it is also safe to say that Mathieu Merlet Briand comes after them, not by much indeed, thus proving that time really is accelerating. Rather than frantically celebrating brighter horizons (with WiFi) or than expressing a Luddite criticism of technology, the artist takes a realistic stance. Exhibits such as #iceberg (2017) or Environnement (2017) derive from this attachment to reality. In modelizing the outcome of the data cultivation in the form of sculptures, these installations make us physically close to the deterioration of the planet due to the impact of supposedly dematerialized technologies. For some years now, the artist has been focusing exactly on showing how the idea of the Cloud and its representation as a gaseous nebula is a matter of belief. At the center of one of the artist’s most recent works, #Red-Screen Temple, are these remnants of archaic systems which are now relying on technologies and the fact that they are back in modern rationality when they were supposed to have been overcome by it. In 1952, Jacques Ellul was already saying in The Technological Society that in each period of history, the media created their own specters and myths. We can almost hear him or a distant ghost that came back to haunt the work of Mathieu Merlet Briand declaiming: “In the world in which we live, technique has become the essential mystery […]. They can have faith in it because its miracles are visible and progressive”.




Fr

Comme un biologiste en son laboratoire, Mathieu Merlet Briand glane sur Internet la matière première qu’il prélève avant de la mettre en culture. Plutôt que d’une simple remise en circulation, les images, mots et sons de l’écosystème digital font l’objet d’une véritable opération de transformation. Passés au crible des protocoles et algorithmes qu’il invente, le fourmillement indistinct de ces data bruts donnent naissance à quelque chose comme une nouvelle texture sensible. De sa formation aux Arts Décoratifs, Mathieu Merlet Briand aura en effet gardé une approche qui est davantage une pensée de la matière que de l’image. Né en 1990, Mathieu Merlet Briand appartient de fait à la génération qualifiée de « digital native », pour qui l’environnement digital n’a jamais été synonyme de réseaux de câbles ou d’interfaces-écrans. Sans matérialisation du hardware, le digital est précisément cela : une immersion dans un écosystème qui nous enveloppe et nous conditionne mais que l’on ne perçoit pas davantage que l’air que l’on respire. Mais cette précision générationnelle traduit et trahit également une question de seuil. S’il hérite de ses prédécesseurs du Post-Internet et des mouvances Post-Digitales, il est tout aussi vrai d’avancer que Mathieu Merlet Briand leur succède – de peu certes, témoignant alors également de ce que l’accélération du temps est bel et bien chose réelle. Plutôt que d’une célébration effrénée d’horizons radieux (et en WiFi), plutôt que d’une critique luddite de la technologie, l’artiste se positionne du côté du réalisme.De cet attachement au réel naissent des expositions comme #iceberg (2017) ou Environnement (2017). Modélisant par des sculptures le résultat de la mise en culture des data, ces installations rendent physiquement proche la détérioration de la planète sous l’effet des technologies soi-disant dématérialisées. Depuis quelques années, les derniers travaux de l’artiste s’attachent précisément à démontrer combien l’imagination du Cloud et sa représentation comme une nébuleuse à l’état gazeux relève de la croyance. Ces rémanences de systèmes archaïques portées par la technologie, leur retour au sein même de la rationalité moderne qui pensait en avoir triomphé est au cœur de l’une de ses œuvres les plus récentes, #Red-Screen Temple. Que les médias de chaque époque génèrent leurs propres spectres et mythologies, Jacques Ellul s’en faisait déjà l’écho en 1952 dans La technique ou l’enjeu du siècle. On croit l’entendre, lui ou un fantôme lointain, revenir hanter les pièces de Mathieu Merlet Briand déclamant alors : « Dans le monde où nous sommes, c'est la technique qui est devenue le mystère essentiel. (…). On croit en elle parce que ses miracles sont visibles et en progression ».



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